Beauté et courage : facteurs clés de succès de l’entreprise de demain

Lorsqu’il m’a fallu écrire un mémoire en 2010 pour valider ma formation d’Exécutive Coaching, j’ai proposé au jury la thématique suivante : « Courage et Beauté, inducteurs de la performance». Je me suis fait retoquer. Plutôt normal, rétrospectivement ce n’était pas très adapté… Je me suis finalement rabattu sur l’ «Importance de l’explicitation dans le processus de coaching individuel ». Moins ambitieux, plus universitaire.

Aujourd’hui avec mon associé, nous avons partagé un magnifique déjeuner - la table d’Aki, recommandation appuyée ! - avec l’un de nos clients, nous livrant du feedback sur l’importance de Toguna au sein de son organisation.

Nous débattions de nos succès mais aussi de nos échecs. Après une petite année d’existence, nous commençons à voir se dessiner quelques lignes directrices : Toguna fonctionne très bien au sein d’entreprises acquises à la cause du collaboratif, aux valeurs fortes, affirmées et actionnables, conscientes de la vague de profond changement managérial -changement attendu ou espéré par les uns, redouté par les autres, vraisemblablement inéluctable-.

Et alors que je détaillais ce constat, notre cliente a résumé ma tentative de classification par : « De belles entreprises finalement. » Oui ! Mais oui ! De belles entreprises, voilà une manière infiniment plus simple d’établir cette catégorie.

Qu’est-ce qu’une belle entreprise ?

Notre éclairant consensus étant établi à la faveur de notre deuxième verre d’un excellent Condrieu, je décide ce soir de me pencher à nouveau sur ce sujet. Qu'est-ce qu'une « belle entreprise » ? Je crois que je la résumerais ainsi :

- Bien entendu, une entreprise dont la performance financière est avérée : inébranlable référentiel et par ailleurs formidable catalyseur de liberté tant en moyens financiers qu’en capacité de s’affranchir du cadre (marché, investisseurs…)

- Une entreprise qui ait une ambition, une mission qui va au-delà de la performance financière : une contribution à la cité

- Une entreprise qui ait de "vraies" valeurs - et c’est là très important - non pas pondues la veille par une agence et placardées aux murs pour favoriser la marque employeur, mais bâties sur de solides fondations : celles de l’histoire de l’entreprise, celles des croyances d’un groupe : le totem autour duquel danse la tribu.

- Celle qui place l’Humain au coeur de l'entreprise. Alors bien sûr, un peu galvaudée comme recette. Qui ne serait pas d’accord à ce niveau de généralité ? Je propose de la caractériser et surtout de la mesurer par l’ensemble des actes systématiques et quotidiens qui favorisent l’individu plutôt que le système : l’emploi du « bonjour » par le management, la bienveillance par défaut, le remerciement, la culture du feedback, la célébration, la remise en question. Et tellement d’autres éligibles ! Je me sais déjà heureux dans les entreprises réunissant ces quelques traits d’humanité.

Mais ce n’est pas suffisant. Nous avons l’intuition qu’une belle entreprise n’est pas un terreau encore assez fertile pour qu’une Toguna y pousse.

Il faut en plus du courage, du cran ! Il faut une volonté forte pour aller vers un management qui n’est plus celui du Père mais celui des Pairs.

Le pari du bien-être

La pente naturelle des organisations est d’aller vers cette pyramide si ancrée dans nos habitudes collectives. Il faut du cran pour oser un management participatif et collaboratif, un management de l’écoute, il faut oser s’inscrire dans une démarche qui ne consiste plus à dire aux gens ce qu’il faut faire mais créer les conditions de l’adhésion. Et rester Capitaine ! Il n’est pas question une seconde de considérer que le changement managérial passe par un aplanissement total de la structure et l’absence de Direction; mais prenons maintenant le terme de Direction comme celui du Cap à suivre. Et dans les plus belles entreprises parmi nos clients, nous voyons même des DG insuffler plus qu’une direction : une inspiration !

Les symptômes du mal-être en entreprise -turn-over, absentéisme, burn-out etc-, sont visibles, mesurables et souvent rapides. A contrario, les effets bénéfiques du bien-être sont plus diffus, moins faciles à mesurer. Il faut du courage pour faire le pari du bien-être et de son futur effet sur la performance. Il s’agit donc de sortir du cadre et d’avoir le cran de mettre en oeuvre un ensemble de moyens délivrant leurs résultats….bien au-delà du sacro-saint trimestre.

L’ancien PDG de Danone, Antoine Riboud, disait : « Conduisons nos entreprises autant avec le cœur qu’avec la tête, et n’oublions pas que si les ressources d’énergie de la terre ont des limites, celles de l’Homme sont infinies s’il se sent motivé. »

Cette conviction encore fumeuse il y a quelques années que le Courage et la Beauté sont l’avenir de l’acte managérial s’affirme aujourd’hui à chaque entretien avec nos clients. J’ai tous les jours en face de moi des CEO, des DG, qui me disent non seulement partager cette conviction, mais qui surtout, me démontrent comment cette conviction est mise en oeuvre avec succès. Et moi, je les trouve Beaux et Courageux ces dirigeants !

Par Johan Gautier, co-fondateur de Brainlinks