Marie Barbier : « Les clés du management horizontal : l’humilité et la confiance »

Marie Barbier

Marie Barbier

Marie Barbier n’a que 37 ans mais a déjà eu plusieurs vies. D’abord journaliste à L’Express, elle a ensuite travaillé comme agent de freelances, puis dans le secteur de la publicité avant de se former au coaching. En 2012, elle décide de rejoindre une aventure entrepreneuriale : Bureaux À Partager (BAP), fondé par son ami Clément Alteresco. Mais cette serial switcheuse ne s’est pas arrêtée là : de directrice de la communication, elle est devenue DRH il y a tout juste un an au sein de BAP. Elle nous parle de management horizontal, des aspirations des jeunes diplômés et d’un étrange système, les « BIAPS ».

BRAINLINKS : Quelle est la genèse de Bureaux À Partager ?

MARIE BARBIER : Clément, notre CEO, travaillait chez Fabernovel en 2007. L’entreprise grossissant, il a fallu penser à déménager. La direction a choisi d’anticiper la croissance et a donc pris des bureaux sur deux étages, alors que Fabernovel n’avait besoin que d’un ½ étage. Pour trouver des collocs, Clément est allé sur internet et a cherché « collocation bureaux entreprises » : il n’a rien trouvé ! Il a ainsi eu l’idée de créer un site, qui s’appelait déjà à l’époque Bureaux À Partager, pour aider les entrepreneurs à se rencontrer. On était en 2007 et le site a vécu tout seul jusqu’en 2012. Clément, de son côté, est parti développer Fabernovel à San Francisco. Pour ça, il a monté un espace de coworking, Parisoma. En rentrant en France, il s’est dit que c’était le moment de reprendre Bureaux À Partager : AirBnB, Le Bon Coin, tous les sites d’économie collaborative commençaient à cartonner. A l’été 2012, on a excubé BAP de Fabernovel, on a refait intégralement le site et on a trouvé un business model. J’étais la première employée, je m’occupais de la communication et Clément, du développement commercial. En avril 2013, on était 4, avec une stagiaire et un développeur. Aujourd’hui, on est 46, et on développé trois business : le site BAP et ses 3 000 annonces de location de bureaux/salles de réunion, la gestion d’espaces de coworking avec 12 espaces dans Paris et proche banlieue, et un logiciel de gestion de ces espaces de coworking.

BRAINLINKS : Comment expliquez-vous les changements dans les façons de travailler ?

MARIE BARBIER : Ce qu’on voit comme changement, au niveau des grands groupes, c’est la prise en compte par les RH de la question du bonheur au travail. Et ça passe notamment par les locaux. Les startups ont apporté de la fraicheur dans le management et l’environnement de travail. Comme les salariés y travaillent généralement beaucoup, on leur créé un espace où ils sont contents de venir tous les matins et qui permet des pauses agréables. Les grosses boites ont adopté ces pratiques car autant il est difficile pour eux de libérer leur entreprise et de transformer leur management, autant faire une jolie déco et mettre une table de ping-pong ou un babyfoot est assez simple pour enclencher le changement. Face au désamour des grandes boites, celles-ci ont besoin de redevenir séduisantes, et ça passe par de l’innovation : changer les bureaux, mettre en place le télétravail, et peu à peu, évoluer vers un management à l’horizontal. Et puis le gros changement, c’est le coworking ! En 2007, il y avait un seul espace en France : La Cantine, qui est maintenant devenue le NUMA. C’était un OVNI à l’époque, un lieu de rencontres pour entrepreneurs. Aujourd’hui, en France, il existe plus de 500 espaces de coworking !

B : Comment expliquez-vous justement le boom du coworking ?

MB : La création du statut d’auto-entrepreneur a changé la donne en 2013 et beaucoup de personnes se laissent depuis tenter par l’aventure de l’entrepreneuriat. Et rester chez soi quand on entreprend, ce n’est pas forcément épanouissant donc beaucoup d’indépendants se sont réunis pour partager des bureaux, ce qui est bien plus économique que de louer seul et créateur de synergies. Au-delà des collocations entreprises, les espaces de coworking répondent à un vrai besoin. Aujourd’hui, un entrepreneur veut pouvoir rencontrer un avocat pour l’aider juridiquement, côtoyer un graphiste pour l’aider sur sa carte de visite, assister à un apéro pour réseauter… Bref, avoir un bureau dans un espace stimulant lui permettant de développer son business bien entouré. Tout ce qu’offrent les espaces de coworking et que ne proposaient pas les centres d’affaires classiques, ni la collocation pure et dure d’entreprises. Ca va bien au-delà d’un partage de bureaux en fait, le coworking est un changement profond dans la façon dont nous travaillons tous.

B : Ca ressemble à quoi le management chez BAP ?

MB : Nous favorisons le management horizontal, mais on ne peut pas faire l’impasse sur la hiérarchie… On a des managers dans chaque pôle, qui sont naturellement désignés par l’ancienneté et les compétences, c’est très important je trouve pour leader la boîte d’avoir des référents au sein de chaque service. Dans chaque équipe, le manager est leader, mais surtout coach. Pour moi, le rôle premier du manager, c’est d’être attentif à son équipe, de prendre de la hauteur pour identifier les problèmes et guider ses équipes vers leur résolution. Le manager doit aussi savoir trancher pour aller plus vite, il est un référent dans la boîte. Les qualités principales d’un manager selon moi, ce sont la bienveillance, l’humilité et l’empathie. Si tu n’as pas ces qualités, tu peux apprendre à manager mais c’est plus difficile.

B : Qu’est-ce qu’apporte l’innovation managériale ?

MB : A notre échelle, le management horizontal oblige à être humble. Dans mon cas, j’ai laissé la communication à une fille qui a 10 ans de moins que moi et qui est bien meilleure que moi ! Au-delà du fait que ça soit sa spécialité (et ça n’était pas la mienne) et qu’on lui a monté une équipe, je ne m’en serais pas aussi bien sortie qu’elle avec la même équipe. Pour travailler avec nous, il faut être humble, prêt à être surpris et à se remettre en question. Les clés du management horizontal, c’est l’humilité mais aussi la confiance. Ce qui veut dire de ne pas être tout le temps en train de surveiller et de vérifier si les choses sont bien faites, et donc d’avoir confiance en la capacité de l’autre à innover, à faire différemment, ce qui ne veut pas dire moins bien ! La confiance fait gagner un temps fou, tout comme l’humilité ! En terme d’innovation managériale, on a mis en place les « Bonnes Idées à Partager » il y a deux ans. On demande tous les vendredis à chaque employé de nous envoyer une idée, sur son business ou celui de quelqu’un d’autre. Puis le lundi, un comité (qui change tous les trimestres) décide des trois meilleures idées. Les personnes qui ont eu ces idées et ceux qui les réalisent récoltent des points (des BIAPS), à dépenser dans un catalogue. Quand on a 500 « BIAPS » , on peut bénéficier d’une formation de la part de quelqu’un d’autre, participer au CODIR, se faire masser par un membre de l’équipe… C’est assez amusant et beaucoup de bonnes idées en sortent !

B : Quel est votre constat de DRH des attentes des nouvelles générations ?

MB : Depuis que je suis passée au recrutement, je constate que les jeunes sortis d’écoles de commerce ne rêvent plus de grands groupes. Ils ont envie d’avoir des responsabilités rapidement et les startups leur offrent cette opportunité. Ceux que je rencontre ont envie de monter leur boite, il y a une soif d’entreprenariat, donc ils veulent passer par la case startup/PME pour voir la réalité d’une création d’entreprise. Les startups et leur agilité leur apportent du concret et vont leur permettre d’être en immersion, de voir travailler le boss, de proposer des idées pour le développement de la boite… Les jeunes ont aussi envie de s’amuser, ils ne veulent plus travailler comme le faisaient nos parents parce qu’il fallait ramener de l’argent à la maison, ils ont aussi envie de passer de bons moments au travail. Notre leitmotiv ? C’est du taf mais c’est du kiff !